Le paradoxe d’Abilene 

La prise de décision dans une équipe n’est pas chose aisée. Il arrive même que le groupe prenne une décision ensemble… qui ne convienne à personne, laissant alors place à de nombreux ressentiments : c’est le paradoxe d’Abilene.

Ce phénomène survient très fréquemment et vous avez sans doute pu l’observer une fois dans votre vie de manager. Explications.

Définition du paradoxe d’Abilene

Mis en exergue par Jerry Harvey en 1988 dans son ouvrage The Abilene Paradox and Other Meditations on Management, le paradoxe d’Abilene s’illustre par une fable inventée par l’auteur pour expliquer ce mécanisme décisionnel qui semble défier toute logique : l’histoire d’une famille qui décide d’aller à Abilene alors que personne ne veut vraiment y aller. Nul n’ose le dire pensant que les autres souhaitent s’y rendre. Au final, tout le monde en revient frustré et fatigué, rejetant la faute sur les autres membres de la famille.

« En plein été, par une chaleur accablante, quatre personnes de la petite ville de Coleman au Texas, situé à environ 85 kilomètres d’Abilène, se prélassent sur une véranda.

Sous la faible brise d’un ventilateur, ils jouent aux dominos et sirotent paisiblement une limonade fraîche. Une des personnes propose alors qu’ils se rendent tous à Abilène prendre un repas dans une cafétéria de la ville. Chacun pense que c’est une mauvaise idée, mais accepte pourtant la proposition croyant que l’idée plaît aux autres membres du groupe.

Le trajet s’avère éprouvant. La vieille Buick qui les transporte n’est pas climatisée et la poussière s’engouffre par les fenêtres ouvertes et colle à leur visage en sueur. Une fois à destination, ils prennent un repas quelconque et s’embarquent ensuite pour le chemin du retour et avalent pour la seconde fois de la journée poussière et kilomètres dans une voiture transformée en étuve.

Ce n’est qu’une fois de retour à Coleman que tous avouent finalement ne pas avoir eu envie d’aller à Abilène. Au final, ils n’y sont allés que parce que chacun croyait que les autres membres du groupe souhaitaient vraiment prendre ce repas à Abilène. En conclusion, ils s’accusent mutuellement pour ce manque de communication.

Le paradoxe d’Abilene dans le monde professionnel

Une situation qui peut se reproduire également dans le monde professionnel. Sans doute vous souvenez-vous de ce genre de situation dans votre travail qui a ensuite généré des tensions. Le résultat : un manque de cohésion dans le groupe qui entraîne frustrations et agacements, des sentiments contre-productifs et délétères pour l’entreprise qui mènent à l’impasse.

Les 5 signes qui ne trompent pas

Pour détecter un paradoxe d’Abilene qui s’installe, il y a 5 points sur lesquels vous devez être vigilant lors d’une réunion ou d’un travail en commun :

  1. Chaque personne du groupe est d’accord sur la question à régler ou sur la situation ;
  2. Chaque personne est d’accord sur le meilleur moyen pour résoudre le problème : la décision est prise rapidement sans la moindre opposition d’aucun membre du groupe ;
  3. Les personnes du groupe ne communiquent pas sur leur avis et leurs préférences ;
  4. La décision prise par le groupe n’est pas bonne, à l’opposé de ce que chacun souhaite ;
  5. Chaque personne ressort frustrée voire en colère envers les autres mais aussi envers elle-même car elle n’a pas osé exprimer sa pensée.

Derrière la crainte d’exprimer son avis, il y a la peur d’être rejeté par le groupe.

La communication : le remède au paradoxe

Pour éviter que ce mécanisme se mette en place au sein de votre équipe, le manager a tout son rôle à jouer. Il faut avant tout favoriser la communication :

  • Dirigez et animez le débat ou la réunion afin de laisser s’exprimer plusieurs avis ;
  • Notez les différentes solutions proposées par chacun ainsi que leurs avantages et leurs inconvénients ;
  • Donnez volontiers la place à une personne qui saura critiquer ouvertement ;
  • Enfin, montrez l’exemple : ayez vous aussi l’habitude de vous remettre en question.

Il existe ensuite des solutions de fond pour stimuler l’esprit d’équipe et permettre à chacun de prendre sa place, individuellement et pour ce qu’il est, notamment dans les temps de team building.

En savoir plus avec cet article des Echos.